En France, plus de 50 000 personnes sont victimes d'un arrêt cardiaque chaque année. Sur le lieu de travail, chaque seconde compte : sans intervention dans les 4 premières minutes, les séquelles cérébrales deviennent irréversibles. Le SST est le premier maillon de la chaîne de survie.

Reconnaître un arrêt cardiaque

L'arrêt cardiaque se caractérise par trois signes qui apparaissent simultanément :

  • Perte de connaissance soudaine : la personne s'effondre ou ne répond plus
  • Absence de respiration normale : soit aucun souffle, soit des gasps (inspirations bruyantes, irrégulières, agoniques)
  • Absence de pouls perceptible (à ne pas rechercher si non formé — cela fait perdre un temps précieux)

Important : les gasps sont fréquemment confondus avec une respiration normale. En cas de doute, agissez comme si c'était un arrêt cardiaque.

La séquence d'intervention du SST

Le SST applique la méthode PAS dans l'ordre strict suivant :

1. Protéger

Avant toute intervention, sécurisez la zone. Sur un lieu de travail, les dangers sont nombreux : courant électrique, produits chimiques, machines en marche, circulation de chariots. Ne mettez pas votre vie en danger et ne déplacez la victime que si un danger immédiat et non supprimable la menace.

2. Alerter

Dès que l'arrêt cardiaque est suspecté, déclenchez immédiatement les secours :

  • 15 (SAMU) ou 112 (numéro européen)
  • 18 si les pompiers sont plus proches
  • Numéro interne si votre entreprise dispose d'un service de secours

Précisez : localisation précise, nature de l'accident, état de la victime, nombre de victimes. Ne raccrochez jamais le premier — laissez le régulateur raccrocher.

3. Secourir : la réanimation cardio-pulmonaire (RCP)

Commencez immédiatement la RCP :

  • Allongez la victime sur le dos, sur une surface ferme
  • Placez le talon de votre main au centre du sternum
  • Bras tendus, effectuez des compressions thoraciques à un rythme de 100 à 120 par minute, sur une profondeur de 5 à 6 cm
  • Si formé aux insufflations : alterner 30 compressions / 2 insufflations
  • Si non formé aux insufflations : réaliser des compressions seules sans interruption

Continuez sans relâche jusqu'à l'arrivée des secours ou jusqu'à ce que le DAE soit disponible.

Utiliser le défibrillateur (DAE)

Dès qu'un DAE est disponible, utilisez-le sans hésiter. Ces appareils sont conçus pour être utilisés par tout le monde, même sans formation :

  1. Mettez en marche l'appareil (ouvrir le boîtier suffit souvent à le démarrer)
  2. Apposez les électrodes sur la peau nue selon le schéma indiqué
  3. Suivez les instructions vocales — le DAE analyse le rythme cardiaque et vous guide
  4. Assurez-vous que personne ne touche la victime avant de déclencher le choc
  5. Reprenez immédiatement la RCP après le choc

La chaîne de survie

L'efficacité de l'intervention dépend de la rapidité de chaque maillon :

  • Alerte précoce → déclencher les secours dès les premiers signes
  • RCP immédiate → maintenir la circulation artificielle vers le cerveau et les organes vitaux
  • Défibrillation rapide → chaque minute sans choc réduit sensiblement les chances de survie
  • Réanimation médicalisée → prise en charge par le SAMU dès son arrivée sur les lieux

Des études montrent que l'intervention d'un témoin formé augmente très significativement les chances de survie par rapport à une absence totale de geste avant l'arrivée des secours. Le SST est ce témoin dans l'entreprise — sa présence et sa réactivité comptent souvent plus que la qualité technique parfaite du geste.

Cas particuliers en milieu professionnel

Certains contextes de travail modifient légèrement la conduite à tenir :

  • Victime en hauteur ou en espace confiné : la RCP nécessite d'abord de dégager ou de sécuriser l'accès, sans se mettre soi-même en danger — n'intervenez jamais dans une atmosphère toxique ou un espace non ventilé sans équipement adapté
  • Victime électrisée : coupez le courant ou faites-le couper avant tout contact ; ne touchez jamais une victime encore sous tension
  • Victime immergée ou en milieu humide : séchez rapidement le torse avant d'apposer les électrodes du DAE, qui ne fonctionnent pas correctement sur une peau mouillée
  • Plusieurs témoins présents : répartissez les rôles immédiatement — un qui alerte, un qui va chercher le DAE, un qui débute la RCP

Épuisement du sauveteur et relais

Les compressions thoraciques sont physiquement exigeantes. La qualité du massage se dégrade après 2 minutes environ, même chez une personne entraînée. Si un autre secouriste est présent, alternez toutes les 2 minutes en minimisant l'interruption des compressions (moins de 10 secondes pour le changement). Ne vous relayez jamais brutalement : annoncez le changement à voix haute pour rester synchronisés.

Après l'intervention

Une fois les secours professionnels arrivés, transmettez-leur toutes les informations utiles : heure de découverte de la victime, heure de début de la RCP, nombre de chocs délivrés par le DAE, évolution de l'état de la victime. Ces informations orientent directement la suite de la prise en charge médicale. Un débriefing avec l'employeur ou le référent sécurité après l'incident est également recommandé, notamment pour analyser si des mesures de prévention peuvent réduire le risque de récidive.

L'implantation des DAE en entreprise

Depuis plusieurs années, la réglementation encourage fortement l'équipement des lieux recevant du public et des grandes entreprises en défibrillateurs automatisés externes. En pratique, l'efficacité d'un DAE dépend directement de sa proximité immédiate avec les zones de travail : un appareil rangé dans un local fermé à clé ou situé à plusieurs étages perd une grande partie de son intérêt face à l'urgence des premières minutes. Les bonnes pratiques recommandées incluent :

  • Un DAE accessible en moins de 3 minutes de marche depuis n'importe quel poste de travail
  • Une signalétique visible et normalisée (panneau vert avec cœur et éclair)
  • Une vérification périodique de l'état de la batterie et des électrodes (date de péremption)
  • Une communication régulière auprès de l'ensemble du personnel sur l'emplacement exact des appareils, pas seulement auprès des SST

Le vécu psychologique après une intervention

Intervenir sur un arrêt cardiaque est une expérience marquante, y compris pour un SST bien formé. Il est normal de ressentir du stress, du doute sur la qualité de son intervention, ou une charge émotionnelle dans les jours suivants. De nombreuses entreprises proposent, via leur service de santé au travail, un accompagnement psychologique pour les salariés ayant vécu ce type de situation — n'hésitez pas à solliciter ce soutien, qui fait partie intégrante de la prise en charge du sauveteur lui-même.

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Écrit par Julien Abbé Directeur de la publication, Arcus-Factory SAS — contenu vérifié selon le référentiel INRS. En savoir plus