L'étouffement par obstruction des voies aériennes est l'une des urgences vitales où l'intervention immédiate d'un témoin fait toute la différence — les secours professionnels, même rapides, arrivent presque toujours trop tard pour ce type de situation. Voici la conduite à tenir complète, geste par geste.
Reconnaître une obstruction des voies aériennes
Il faut distinguer deux situations très différentes, qui n'appellent pas la même réponse :
- Obstruction partielle : la victime tousse fort, peut encore parler ou émettre des sons, respire difficilement mais l'air passe encore. Elle reste capable de se désobstruer seule dans la majorité des cas.
- Obstruction totale (étouffement grave) : la victime ne peut plus parler, ni tousser, ni respirer. Elle porte souvent les mains à sa gorge (signe universel d'étouffement), son visage devient rapidement rouge puis bleuté (cyanose). C'est une urgence vitale immédiate.
Face à une obstruction partielle : ne pas intervenir directement
Tant que la victime tousse efficacement et que l'air passe, laissez-la tousser — c'est le mécanisme naturel le plus efficace pour évacuer le corps étranger. N'effectuez aucune manœuvre, ne tapez pas dans le dos par précipitation : cela pourrait déplacer l'objet vers une position plus obstruante. Restez simplement à proximité, rassurez la victime, et surveillez attentivement une éventuelle aggravation vers une obstruction totale.
Face à une obstruction totale : les claques dans le dos
Dès qu'une obstruction totale est identifiée, agissez immédiatement selon cette séquence :
- Placez-vous légèrement sur le côté et en arrière de la victime
- Soutenez son thorax d'une main en la penchant vers l'avant, tête basse (pour que l'objet puisse ressortir par la bouche une fois délogé)
- Donnez 5 claques vives entre les omoplates avec le plat de la main, en vérifiant après chaque claque si l'obstruction est levée
Si les 5 claques dans le dos ne suffisent pas à désobstruer les voies aériennes, passez immédiatement à la seconde technique.
La méthode de Heimlich (compressions abdominales)
Si les claques dans le dos échouent :
- Placez-vous derrière la victime, collé à son dos
- Placez un poing fermé, pouce vers l'intérieur, juste au-dessus du nombril et sous le sternum
- Recouvrez ce poing de votre autre main
- Exercez 5 tractions vers vous et vers le haut, de façon brève et énergique, comme pour soulever la victime
- Vérifiez après chaque traction si l'objet est expulsé
Alternez ensuite 5 claques dans le dos puis 5 compressions abdominales jusqu'à désobstruction ou jusqu'à ce que la victime perde connaissance.
Si la victime perd connaissance
Si l'obstruction persiste et que la victime devient inconsciente :
- Allongez-la délicatement au sol sur le dos
- Alertez ou faites alerter immédiatement le 15 ou le 112 si ce n'est pas déjà fait
- Débutez la réanimation cardio-pulmonaire (RCP) — les compressions thoraciques peuvent elles-mêmes contribuer à déloger l'objet
- Avant chaque insufflation, si vous êtes formé aux insufflations, vérifiez rapidement la bouche pour retirer un corps étranger visible, sans jamais chercher à l'attraper à l'aveugle avec les doigts
Cas particuliers
| Situation | Adaptation |
|---|---|
| Femme enceinte ou personne obèse | Compressions thoraciques (et non abdominales) : poing positionné au milieu du sternum, mêmes principes de traction |
| Victime seule qui s'étouffe (auto-secours) | Elle peut tenter de s'appuyer brusquement le ventre contre le rebord d'une table ou d'une chaise pour simuler une compression abdominale |
| Nourrisson (moins d'1 an) | Technique spécifique avec claques dorsales et compressions thoraciques à deux doigts, non couverte par le référentiel SST classique |
Erreurs fréquentes à éviter
- Intervenir alors que la victime tousse encore efficacement (obstruction partielle) — attendre plutôt que précipiter
- Chercher à retirer le corps étranger à l'aveugle avec les doigts, au risque de l'enfoncer davantage
- S'arrêter après une seule série de 5 claques ou 5 compressions sans réévaluer l'état de la victime
- Oublier d'alerter les secours dès le début de la prise en charge, même si l'intervention semble efficace
Pourquoi ce geste est-il évalué en formation SST ?
L'obstruction des voies aériennes revient régulièrement dans les mises en situation d'évaluation SST car elle combine plusieurs compétences : reconnaissance rapide de la gravité (partielle vs totale), enchaînement précis d'une séquence technique, et capacité à basculer vers la RCP si la situation s'aggrave. C'est un geste qui laisse peu de place à l'improvisation — d'où l'importance de mémoriser la séquence avant d'y être confronté en situation réelle.
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