Une hémorragie grave peut entraîner la mort en quelques minutes. C'est l'une des situations d'urgence les plus fréquentes sur les lieux de travail et l'un des premiers gestes enseignés en formation SST. Voici les bonnes pratiques.

Reconnaître une hémorragie grave

Une hémorragie est qualifiée de grave lorsqu'elle remplit au moins l'un de ces critères :

  • Le saignement est abondant et continu (tache de sang supérieure à une paume de main en 30 secondes)
  • La plaie est profonde, déchiquetée ou sur une artère (sang rouge vif qui jaillit en jets)
  • La victime présente des signes de choc : pâleur intense, sueurs froides, soif, agitation, puis perte de conscience
  • Un membre ou une partie du corps est amputé ou partiellement sectionné

Le geste prioritaire : comprimer la plaie

Pour toute hémorragie externe qui n'implique pas un membre, le geste de première intention est la compression directe :

  1. Allongez la victime pour éviter un choc vagal
  2. Interposez un linge propre, une compresse ou — à défaut — vos mains gantées
  3. Comprimez fermement et sans relâcher
  4. Si le pansement se sature de sang, n'enlevez pas le premier pansement : ajoutez-en un par-dessus
  5. Maintenez la pression jusqu'à l'arrivée des secours

Si la plaie contient un objet (éclat de verre, outil...), ne retirez jamais l'objet. Comprimez autour sans appuyer dessus.

L'hémorragie de membre : quand poser un garrot

En cas d'hémorragie artérielle sur un membre (artère sectionnée, amputation traumatique, saignement incontrôlable malgré compression), le garrot est indiqué. C'est le geste qui sauve dans ces situations extrêmes :

  1. Placez le garrot entre la plaie et le cœur (côté corps, à 5-7 cm au-dessus de la plaie)
  2. Serrez jusqu'à l'arrêt complet du saignement (le garrot doit faire mal — c'est normal)
  3. Notez l'heure de pose sur le bras ou le front de la victime avec un marqueur ou en clair
  4. Ne desserrez jamais un garrot une fois posé : cela peut provoquer une embolie graisseuse ou un choc

Alerter en parallèle

Dès que possible, alertez ou faites alerter le SAMU (15). Si vous êtes seul, activez le haut-parleur du téléphone pour continuer à comprimer pendant l'appel. Transmettez :

  • Le lieu précis de l'accident
  • La nature de la blessure ("hémorragie abondante au bras droit", "garrot posé à 14h32")
  • L'état de la victime (consciente ? saignement ralenti ou non ?)

Ce qu'il ne faut surtout pas faire

  • Retirer un corps étranger planté dans la plaie
  • Laisser la victime debout ou assise (risque de malaise)
  • Donner à boire (risque anesthésique en cas d'opération)
  • Utiliser un garrot sur une plaie à la tête, au cou, au thorax ou à l'abdomen
  • Improviser un garrot avec une sangle fine (ceinture, lacet) qui pourrait couper les tissus

Les hémorragies internes

Les hémorragies internes sont invisibles mais tout aussi dangereuses. Suspectez-en une si la victime présente, après un choc violent :

  • Un ventre dur et douloureux
  • Des signes de choc sans plaie visible (pâleur, sueurs, pouls rapide)
  • Des vomissements ou crachats de sang
  • Une douleur thoracique intense après un choc sur la poitrine

Dans ce cas, allongez la victime avec les jambes surélevées si possible (sauf en cas de traumatisme suspecté du dos ou du bassin), couvrez-la pour éviter le refroidissement, et alertez immédiatement le SAMU. Vous ne pouvez pas agir sur la cause, mais vous pouvez ralentir l'évolution du choc en gardant la victime au calme et en la rassurant.

Hémorragies extériorisées : un cas particulier

Certaines hémorragies internes se manifestent par un saignement qui ressort par un orifice naturel, sans plaie externe visible :

  • Saignement de nez abondant (épistaxis) : penchez la tête légèrement en avant (pas en arrière, pour éviter que le sang ne coule dans la gorge), comprimez la narine concernée pendant plusieurs minutes
  • Sang dans les vomissements ou les selles : signe potentiel de saignement digestif, à traiter comme une urgence même en l'absence de douleur intense
  • Saignement des oreilles après un choc à la tête : ne bouchez jamais l'oreille, ce signe peut indiquer une fracture du crâne et nécessite un alerte immédiate

Le rôle du sauveteur face au stress de la victime

Une hémorragie grave provoque souvent une panique intense chez la victime, qui aggrave le choc physiologique. Parler calmement, expliquer chaque geste avant de l'effectuer, et rester positionné dans son champ de vision contribuent à limiter cette dimension psychologique de l'urgence — un aspect parfois sous-estimé mais évalué lors de la certification SST à travers la qualité de la communication avec la victime.

Se protéger soi-même en tant que sauveteur

Le contact avec le sang d'une victime expose à un risque infectieux (hépatites, VIH...). Dans la mesure du possible et sans retarder l'intervention, utilisez des gants à usage unique si vous en disposez (trousse de secours d'entreprise). En leur absence, une compression peut être réalisée avec un linge épais interposé entre vos mains et la plaie. Lavez-vous soigneusement les mains dès que possible après l'intervention.

Le matériel utile dans une trousse de secours d'entreprise

Pour faire face efficacement à une hémorragie grave, la trousse de premiers secours de l'entreprise (article R.4224-15 du Code du travail) doit contenir un minimum de matériel adapté :

  • Compresses stériles individuelles en nombre suffisant
  • Gants à usage unique non stériles, en plusieurs tailles
  • Pansements compressifs prêts à l'emploi, particulièrement recommandés dans les ateliers à risque de coupure
  • Un garrot tourniquet certifié, si l'activité présente un risque de section de membre (machines, outils tranchants)
  • Une couverture de survie pour limiter le refroidissement de la victime en choc

Le contenu exact doit être adapté aux risques identifiés dans le DUER : une trousse de bureau n'a pas les mêmes besoins qu'un atelier de menuiserie ou un chantier de gros œuvre.

Erreurs fréquentes à éviter

Au-delà des gestes à ne pas faire déjà évoqués, certaines erreurs de jugement reviennent fréquemment lors des mises en situation :

  • Sous-estimer la gravité d'une hémorragie parce que la victime reste consciente et parle normalement — le choc peut survenir brutalement plusieurs minutes après
  • Relâcher la compression pour "vérifier" si le saignement a ralenti : cela relance souvent le saignement et fait perdre un temps précieux
  • Poser un garrot trop lâche, qui comprime les veines sans arrêter le flux artériel et aggrave paradoxalement le saignement

Maîtrisez tous les gestes face à une hémorragie grâce à nos QCM SST. Nos questions couvrent compression directe, garrot, hémorragie interne et situations complexes.

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Écrit par Julien Abbé Directeur de la publication, Arcus-Factory SAS — contenu vérifié selon le référentiel INRS. En savoir plus