Chute de hauteur, chute de plain-pied, choc violent : les traumatismes du dos et les suspicions de fracture font partie des situations les plus délicates pour un SST, car un geste mal maîtrisé peut aggraver une lésion invisible à l'œil nu. Voici les bons réflexes.
Pourquoi ces traumatismes exigent une prudence particulière
Contrairement à une hémorragie ou un arrêt cardiaque, un traumatisme du dos ou une fracture ne se "voient" pas toujours immédiatement. Une victime consciente, capable de parler, peut malgré tout présenter une lésion de la colonne vertébrale dont la mobilisation intempestive aggraverait gravement le pronostic (risque de lésion de la moelle épinière, pouvant entraîner une paralysie définitive). Le principe fondamental face à ce type de traumatisme est donc : ne pas mobiliser la victime, sauf danger immédiat et non maîtrisable.
Reconnaître une suspicion de traumatisme du dos
Certains éléments doivent systématiquement faire suspecter une atteinte du rachis (colonne vertébrale) :
- Chute de hauteur, même modérée (échelle, escabeau, quai de chargement)
- Choc violent direct sur le dos, la tête ou le cou (chute d'objet, accident de circulation sur site)
- Douleur vive localisée au niveau du dos ou de la nuque, spontanément signalée par la victime
- Fourmillements, perte de sensibilité ou incapacité à bouger un membre
- Perte de connaissance, même brève, après un choc
La conduite à tenir face à une suspicion de traumatisme du dos
- Ne mobilisez pas la victime, même si elle souhaite se relever ou changer de position
- Maintenez la tête dans l'axe du corps, sans forcer, en la stabilisant manuellement si possible
- Alertez immédiatement les secours (15 ou 112) en précisant explicitement la suspicion de traumatisme du rachis — cette information conditionne le matériel envoyé (matelas coquille, collier cervical)
- Rassurez la victime et incitez-la fermement à ne pas bouger, en lui expliquant pourquoi
- Ne retirez casque ou équipement de protection qu'en cas d'absolue nécessité (obstruction des voies aériennes), et si possible à plusieurs sauveteurs coordonnés
Exception : si un danger immédiat et non maîtrisable menace la victime (incendie, risque d'effondrement, noyade), le dégagement d'urgence prime sur l'immobilisation — mais il doit alors être réalisé en maintenant autant que possible l'axe tête-cou-tronc, en tirant la victime par les vêtements ou les aisselles plutôt qu'en la pliant.
Reconnaître une suspicion de fracture
Une fracture doit être suspectée face à :
- Une douleur vive, localisée, qui augmente à la moindre tentative de mobilisation
- Une déformation visible du membre (angulation anormale)
- Un gonflement rapide ou une ecchymose qui apparaît en quelques minutes
- Une impossibilité fonctionnelle : la victime ne peut plus utiliser normalement le membre concerné
La conduite à tenir face à une suspicion de fracture
- N'essayez jamais de réduire la fracture (remettre l'os en place) — ce geste relève exclusivement du personnel médical
- Immobilisez le membre dans la position où il se trouve, sans chercher à le redresser, à l'aide d'une écharpe triangulaire ou d'une attelle de fortune si les secours tardent
- En cas de fracture ouverte (l'os perce la peau), couvrez la plaie avec un pansement stérile sans exercer de pression directe sur l'os visible
- Alertez les secours et surveillez l'apparition de signes de choc (pâleur, sueurs) en cas de fracture importante (fémur notamment, qui peut entraîner une perte de sang significative)
Le cas particulier du traumatisme crânien
Tout choc à la tête, même en apparence anodin, mérite une vigilance renforcée. Surveillez l'apparition, dans les heures qui suivent, de maux de tête croissants, vomissements, somnolence inhabituelle ou confusion — ces signes, même retardés, doivent conduire à une consultation médicale rapide. Une perte de connaissance initiale, même de quelques secondes, justifie systématiquement une alerte aux secours plutôt qu'une simple surveillance à distance.
Victime inconsciente et suspicion de traumatisme : que faire en priorité ?
Une situation fréquemment source d'hésitation en formation : une victime inconsciente, qui respire, mais dont les circonstances font suspecter un traumatisme du dos (chute de hauteur, par exemple). Faut-il la mettre en PLS malgré tout ? La réponse est oui : une victime inconsciente qui respire doit systématiquement être placée en PLS, même en cas de suspicion de traumatisme, car le risque immédiat d'obstruction des voies aériennes ou d'inhalation prime sur le risque théorique d'aggravation d'une lésion du dos. Dans ce cas précis, la bascule doit simplement être réalisée avec un maximum de précaution, si possible à plusieurs sauveteurs, en limitant les mouvements de la tête et du cou autant que possible sans jamais renoncer au geste.
Entraînez-vous sur le dégagement d'urgence et la sécurisation de la zone, des prérequis essentiels face à ce type de traumatisme.
Faire le QCM dégagement d'urgence →